CARNETS D'HIVER | ELISAPIE

Rédigé par : Quartz Co.

En 2025, la chanteuse inuk Elisapie Isaac offrait une performance unique au Nunavik. Intitulé Nunami : là où le vent chante, ce concert a été diffusé sur Télé-Québec, et Quartz Co. a eu le privilège de prendre part à cette grande célébration. Discussion autour de la musique, de l’hiver et du Nord.

Bonjour Elisapie, plongeons dans le vif du sujet. Avez-vous grandi en musique?

Oui, toujours. Nous avons été colonisés par les Anglais, l’église chrétienne anglicane était donc présente dans mon enfance. Petite, je me souviens que j’allais à l’église le dimanche matin, et que j’entendais la belle musique anglicane. Je ne suis ni chrétienne ni religieuse mais ça fait partie de mon ADN. Ma famille est musicale. Mon oncle avait un groupe de rock’n’roll, dans les années 60. C’étaient un peu nos stars du Nord. J’ai ça dans mon sang.

Quels lieux ou atmoshères ont marqué votre enfance et votre adolescence?

Chez nous, le printemps est le moment où le grand froid et la noirceur perpétuelle de l’hiver tirent à leur fin, vers début avril. C’est le retour progressif de la lumière, et soudainement, dès le mois de mai, il fait jour 24h sur 24. Ça reste l’hiver, il y a encore beaucoup de neige, mais c’est comme si une tornade d’énergie s’emparait de nous et créait un sentiment à la fois très libérateur et difficile à gérer. La nature prend toute la place, on vit une surdose de lumière et d’élan vital, mais on tourne en rond. On n’a pas de restaurants, de terrasses, de cinéma. Ça a quelque chose de très wild. Ça me fait le même effet à chaque fois que j’y retourne. On est très fébriles et il faut apprendre à canaliser ce surplus de vie. Quand on est enfant et adolescent, c'est déstabilisant. Il faut savoir comment le gérer.

L’hiver est-il une saison créative pour vous?

Pendant l’hiver, je capte des petites choses de manière très intense, peut-être à cause de l’isolement et de la noirceur. Je les garde en moi et tout ça ressort plus tard de manière un peu plus concrète. Je n’écris pas beaucoup pendant l’été, mais l'hiver poussant à faire une pause, j'en profite pour écouter ce qui se passe dans la tête et dans les cœurs.br/>

Vous qui êtes très connectée à la Nature et à ses cycles, quels sont les effets de l’hiver sur votre corps et sur votre esprit?

Tout ralentit. J’essaie de ne pas trop parler d’horaire et de ce qu’on va faire. Ce cadre n’existe plus. Chez nous, l’hiver est le temps du danger. C’est froid, hostile. Il faut être attentif, minutieux et ne pas dépenser son énergie pour rien. On se met en mode hibernation. C’est sûr que maintenant, on est sédentarisés dans des villages, avec un travail et des horaires, mais ce n’est tellement pas naturel pour nous. C’est l’autre extrême. L’hiver, c’est le froid et le sombre mais ça nous connecte à nos instincts. Ça nous rappelle qu’ils sont là.

Parlez-nous de Nunami*, ce concert intime que vous avez donné dans un igloo au Nunavik. Diriez-vous que son décor unique a influencé votre performance?

Oh oui, tellement. C’est vraiment magique de chanter dans ce cercle, dans notre maison traditionnelle en neige. Ce qui m’a le plus touchée, ce n’est pas tant le décor que le fait qu’on envisage l’igloo comme un lieu de célébration, un espace vivant – et non un simple refuge. Et puis le fait d'être tous réunis à Inukjuaq, avec des artistes – Inuits ou non – que j'admire, des amis, et même mon frère.

Pourquoi et pour qui chantez-vous?

Beaucoup pour moi, mes questionnements, auxquels j’essaie de répondre. Ça amène parfois plus de questions que de réponses mais ça aide à guérir. C’est collectif, on nous a tellement enlevé notre voix... J’écris aussi beaucoup pour réaliser à quel point j’ai de la chance de pouvoir réfléchir sur certains sujets, à quel point c’est un droit fondamental. La communauté, le fait de pouvoir réfléchir ensemble, c'est fondamental. J’écris souvent en pensant à mes petites cousines.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos projets à venir et que pouvons-nous vous souhaiter pour 2026?

En 2026, j’aurai la chance de partir en tournée dans l’Ouest canadien et aux États-Unis, à la rencontre de nouveaux publics. Ce sera aussi une année de création, puisque je commence l’écriture de mon prochain album ; un retour intime au processus artistique qui m’inspire profondément. En parallèle, je poursuis avec Les Films Sanajik une aventure qui me tient à cœur en produisant, pour une sixième année consécutive, le spectacle musical et télévisuel Le Grand Solstice, un rendez-vous majeur et rassembleur qui a pour but de célébrer la Journée nationale des peuples autochtones.
Enfin, un court-métrage d’animation que j’ai co-réalisé et co-scénarisé avec l’artiste Marc Séguin verra le jour! Il s'agit d'une belle collaboration produite par l’Office national du film du Canada.

Pour 2026, je me souhaite de me retrouver dans l'intimité et l'agitation de la création et de l'écriture.

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